Miguel de Cervantès

(Alcalá de Henares, 1547 - Madrid, 1616)
écrivain espagnol

Le père de Cervantès était un modeste chirurgien, à la tête d'une famille nombreuse. Sa famille se déplaça souvent, en particulier entre Valladolid et Madrid, les deux lieux de pouvoir de l'époque. Cervantès fit des études auprès d'un maître, disciple d'érasme, avant de partir à Rome avec le cardinal Acquaviva.

L'année suivante (1570), après avoir obtenu confirmation de ses titres de noblesse, Cervantès s'engagea comme soldat dans les troupes pontificales commandées par Colonna pour lutter contre les turcs. Il retrouva son frère Rodrigue parmi les troupes espagnoles. à ce titre, il participa à la bataille de Lépante (1571), sous le commandement de don Juan d'Autriche. Il y fut blessé par deux balles à la poitrine et un coup dans le bras qui lui fit perdre en partie l'usage de la main gauche. Suivirent plusieurs autres opérations navales auxquelles les deux frères prirent part côte à côte. En 1575, avec l'autorisation de Don Juan, ils prenaient la voie du retour lorsqu'un pirate s'empara de leur galère devant Marseille et les fit prisonniers au nom du roi d'Alger. Miguel passa cinq ans de captivité dans un bagne avant d'être racheté par Juan Gil (1580).

De retour en Espagne, Cervantès abandonna le métier des armes. Il se maria avec Catherine de Salazar, reprit peut-être ses études et se mit surtout à écrire, notamment des comédies où il faisait référence à son expérience de soldat et de bagnard. En 1585, il publia son premier roman, La Galatée, une oeuvre pastorale qui connut un certain succès. à partir de 1587, il prit un poste dans le gouvernement militaire en Andalousie, bien qu'il eut aimé partir aux Indes.

Le changement de siècle ne fut pas très rose pour Cervantès. Son poste lui valut la prison pour mauvaise comptabilité. Il apprit plus tard la mort de son frère Rodrigue, son compagnon de combat et de bagne, à la bataille des Dunes dans les Flandres (1600), alors que les moeurs relachées de ses soeurs lui causaient des ennuis en justice.

Début 1605, il publia la première partie de El Ingenioso Hidalgo don Quijote de la Mancha. Le succès fut immédiat, non seulement parmi les lecteurs privilégiés mais aussi dans le reste de la population grâce au théatre. Le roman forme le mythe désormais célèbre du personnage perdu hors de son temps, l'idéaliste jeté au bas de son rêve, le fanatique de l'esprit de la chevalerie et de l'amour courtois perdu dans l'enfer moral de la Renaissance. En quelques années, les traductions vont propager l'enthousiasme espagnol dans les autres pays d'Europe.

En 1613, nouveau succès avec les Nouvelles exemplaires dédié à son protecteur, le comte de Lemos, vice-roi de Naples. Il y fit une nouvelle référence au bagne d'Alger. On y trouve aussi des allusions à sa vie amoureuse. Un long poème satyrique, Voyage au Parnasse, publié l'année suivante permet de saisir l'atmosphère littéraire de l'époque. En 1615, Cervantès fait imprimer ses meilleurs comédies (Numanchia, Huit Comédies et "entremeses"), ainsi que la suite et la fin de Don Quichotte. Il mourut le 23 avril 1616 (Le 23 avril est aussi la date de la mort de Shakespeare, mort pourtant 10 jours après, en raison du décalage des calendriers grégorien et julien, ce dernier étant encore en vigueur dans l'Angleterre anglicane de cette époque). Il abandonnait un manuscrit inachevé, Travaux de Persilès et Sigismonde, un vrai roman de chevalerie, genre pourtant ridiculisé dans Don Quichotte, qu'il voulait dans la lignée de Histoire éthiopique de Théagène et Chariclée, une oeuvre très appréciée à l'époque.


FD
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