L'italie et la guerre contre la France.
Au moment de l'abdication de Charles Quint des trônes de Flandre et d'Espagne (1555-56), Philippe chargea le duc d'Albe de le représenter en Italie. Il le nomma vice-roi de Naples, gouverneur de Milan et commandant en chef des armées espagnoles en Italie.
Le pape Paul IV qui voulait établir avec l'aide des Français son neuveu au secrétariat d'état alors qu'il était très contesté, poussa les Espagnols à l'affrontement. Après l'échec de négociations, d'Albe envahit les états pontificaux et marcha sur Rome. Les Français menés par François de Guise arrivèrent au secours du pape, mais Philippe mena une gigantesque armée sur Paris et Guise dut rentrer. La bataille eut lieu à Saint-Quentin (1557) et se termina par la victoire des Espagnols. Mais ceux-ci ne surent en profiter car redoutant par superstition la guerre avec le Saint-Siège, ils s'empressèrent d'accepter l'offre de paix proposée par Paul IV : d'Albe alla personnellement lui demander pardon à genoux. Elle fut signée au Câteau-Cambresis en 1559. Outre les clauses importantes pour la politique des deux royaumes, le traité prévoyait le mariage du Roi d'Espagne avec la princesse Elisabeth, fille d'Henri II et de Catherine de Médicis. Ce fut d'Albe qui fut envoyé à Paris conclure le mariage. Le prestige dont il jouissait alors fit oublier tous les maux dont il avait frappé la France et lui permit de recevoir un accueil en grandes pompes. Après cette mission, il retourna en Espagne où il reprit la direction des affaires.
La répression sanglante aux Pays-Bas.
En 1567, d'Albe fut envoyé en Flandre qui était depuis plusieurs années en proie à des troubles : les Flamands qui jouissaient depuis toujours de privilèges religieux et économiques subissaient de plus en plus mal la domination espagnole. Ils s'étaient ligués autour de Guillaume d'Orange (un prince allemand luthérien du conseil d'état) et avaient obtenu de Maguerite de Parme (la demie-soeur du roi qui gouvernait les provinces) le renvoi de son conseiller le Cardinal Granvelle qui était proche de Philippe II (1564). Mais les exigences "des Gueux" (nom que leur avaient donné un courtisan du roi et qu'ils reprirent à leur compte) n'avaient cessé de croître et les violences commises par certains extrêmistes calvinistes à l'encontre d'églises catholiques poussèrent finalement Philippe II à y envoyer le duc d'Albe (1567). Marguerite de Parme ainsi laissée de côté se retira.
Les troupes du duc d'Albe furent réparties dans les principales villes afin d'y semer la terreur. D'Albe institua un tribunal de douze juges qu'il nomma conseil d'insurrection mais qui resta sous le nom de tribunal du sang, car il avait fait de la potence, du bûcher et des décapitations un spectacle quotidien. Les principales figures de la noblesse néerlandaise périrent, à l'exception cependant du prince d'Orange qui réussit à s'enfuir. Pour condamner, les preuves n'étaient pas indispensables et les confiscations au profit des soldats occupants facilitaient leur obéissance. D'Albe fut encouragé dans ses crimes par le pape. Mais le peuple d'abord terrorisé par tant de violence ne put maintenir sa colère très longtemps, et une nouvelle augmentation des impôts au profit de l'occupant déclencha une révolte d'envergure en 1572. Celle-ci fut réprimée, mais les haines généralisées autour de la personne du duc d'Albe compliquèrent sa tâche, si bien que l'année suivante, il ne fut pas mécontent d'être rappelé en Espagne. Il se vantait lui-même d'avoir fait exécuter 18000 personnes.
Le Portugal.
A son retour en Espagne, d'Albe avait conservé toute la confiance de son souverain : revenir les mains pleines de sang n'était guère de nature à contrarier Philippe II. Cependant, il réussit à s'attirer peu après sa disgrâce : son fils ayant séduit une demoiselle d'honneur, il lui fut ordonné de l'épouser. Mais au lieu de cela, le jeune homme se maria à l'une de ses parentes avec l'accord de son père, ce qui irrita profondément le despote. D'Albe dut se retirer de la cour pour deux années.
En 1580, il fut de nouveau rappelé pour envahir le Portugal et faire valoir les droits de Philippe sur le royaume qui venait de perdre son roi Henri le Cardinal. Il attaqua Lisbonne par mer et trois semaines suffirent au vieux général pour abattre la rébélion. Il y resta et y mourut deux ans plus tard.
