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La RéformeUn bouleversement fondamental dans l'histoire du christianisme et de la pensée occidentale : l'irruption du protestantisme. Plan : Ci-contre : Luther affiche ses 95 thèses sur l'église de Wittenberg (H. Vogel, XIXe s.) |
Abus de l'Eglise.
L'institution romaine offre à ses croyants
une désastreuse image de déliquescence et de corruption.
Cupidité des moines davantage soucieux de
préserver une existence oisive et opulente plutôt que de se
préoccuper des misères et du sort des âmes de leurs
ouailles. Cumul des bénéfices. Discrédit jetté
sur une papauté qui ne cesse d'afficher depuis des décennies
un train de vie dispendieux, un luxe tapageur et arrogant et de multiples
querelles intestines pour le Pouvoir. Moeurs scandaleuses des hauts dignitaires
de cette cour romaine qualifiée par Laurent
le Magnifique de "rendez-vous de tous les vices".
C'est assurément cet éloignement de
l'Eglise romaine dans sa forme, dans ses structures, dans sa doctrine et
dans sa vie de l'Eglise primitive qui constitue la principale cause de
l'irruption d'une volonté réformatrice.
Esprit critique.
L'humanisme contribue
à signifier cette béance qui existe entre la foi chrétienne
telle qu'elle est présentée par les textes anciens et cette
pratique de la foi par les pontes et les doctes du clergé du XVIe
siècle.
Par le mouvement de retour aux textes originaux
et par la réflexion critique qui se trouve engendrée, le
libre-examen méthodique de la bible s'organise. Moines savants et
érudits humanistes (Erasme, Lefèvre
d'Etaples) traduisent, commentent et réactualisent les textes hébreux,
décèlent des contre-sens et accumulent des remarques critiques
à l'encontre de la Vulgate, cette traduction de la bible en latin
effectuée par Jérôme (331-420) et qui est un texte
de référence pour le Saint-Siège. C'est ainsi que
les travaux des hébraïsants recentrent le christianisme sur
la personne même de Jésus-Christ au détriment du culte
des saints, un aspect pourtant capital de l'exercice de la foi au XVIe
siècle.
C'est aux grandes figures de la Réforme qu'il
appartiendra de se saisir vigoureusement de ces nouvelles lectures de la
bible et de les brandir comme autant d'actes d'accusation et de dénonciation
des turpitudes, des déviances et des infidèlités de
l'Eglise romaine.
Besoin de piété.
L'obsédante présence de la mort dans
le quotidien, que cela soit dans les faits (menace turque, peste, guerres,...)
dans les images ou dans les écrits (vogue des éditions "Art
de bien mourir" destinées aux moribonds afin qu'ils se convertissent
et confessent leurs péchés) suscite chez un grand nombre
d'hommes une hantise de l'au-de-là. Les calamités durables
et nombreuses qui s'abattent sur le monde sont considérées
comme ayant pour unique responsable le péché humain. D'où
cette quête désespérée d'une vraie piété
permettant d'échapper au jugement dernier et à la damnation
éternelle.
Cette peur de la mort, cette obsession des consciences
de trouver la "bonne attitude" qui sauvera l'âme offrira aux réformistes
de précieux appuis populaires pour croître et s'affranchir
de la tutelle du Saint-Siège.
Ainsi s'apprécie avec justesse l'analyse
livrée par l'historien Jean Delumeau sur la Réforme : "Ce
fut d'abord une réponse religieuse à une grande angoisse
collective".
Les indulgences sont des remises de peine pour certains
péchés que l'Eglise prétend concéder à
ceux qui versent leur obole aux bonnes oeuvres et notamment, à partir
de 1514 (décision du pape Léon X),
pour la reconstruction de Saint-Pierre de Rome. Cette flagrante exploitation
de la crédulité populaire et de sa pathétique quête
de rémission des péchés détermine la réaction
du moine augustin Martin Luther. Le 31 octobre
1517, il affiche ses 95 thèses sur la vertu des indulgences à
la porte de l'église de Wittenberg. Par ce geste, Luther dénonce
le principe des indulgences comme étant incompatible avec les doctrines
bibliques et met indirectement en cause l'infaillibilité supposée
de cette papauté qui rançonne le peuple au profit du fisc
romain. Le texte est aussitôt perçu comme un véritable
manifeste libérateur et est rapidemment imprimé et diffusé
dans toute l'Europe.
Développement et diffusion.
Au fur et à mesure que le conflit avec l'église romaine s'aggrave, Luther radicalise ses positions qu'il livre dans des textes fondamentaux qui paraissent en 1520, année de son excommunication. Mis au ban de l'Empire (édit de Worms, 1521), Luther est cependant suivi par toute l'Allemagne du nord. En 1530, le texte rédigé par Melanchthon () sous la direction de Luther est lu devant l'Empereur Charles Quint à la diète d'Augsbourg. Cette "confession d'Augsbourg" deviendra le texte de réfèrence du luthérianisme. Dès 1555, la scission sera officialisée avec la Paix d'Augsbourg qui marquera l'acceptation de la division confessionnelle de l'empire germanique.
La rapide propagation des idées de Luther dans toute l'Europe grâce à l'imprimerie (300 000 exemplaires de ses premiers textes vendus entre 1517 et 1520) explique l'irruption de nombreux foyers réformateurs.
A Zurich, le prédicateur Zwingli () mène un mouvement de Réformation dès 1521 et impose ses idées deux ans plus tard. A Strasbourg, le théologien dominicain Martin Bucer () prêche le luthérianisme à partir de 1523 et parvient à inciter sa ville à rompre avec le catholicisme en 1534. A Genève, Jean Calvin () est appelé pour l'organisation d'une nouvelle église protestante et fait rapidement de la ville une véritable cité-refuge et capitale spirituelle du protestantisme (fondation d'une académie de pasteurs 1559, production de livres protestants à destination de toute l'Europe...). Dans la lignée doctrinale de Calvin et de Luther, l'Angleterre (mouvement des anglicans) en 1563 et l'Ecosse dominée par le presbyterianisme de John Knox se séparent à leur tour de l'église catholique.
NB sur le terme "protestant" :
L'origine historique du mot évoque ce jour
de 1529 où les partisans de Luther réunis
à la seconde diète de Spire "protestèrent" vigoureusement des
décisions portant atteinte à la Réforme.
